Histoire de la Chartreuse des Saints Donatien et Rogatien

La Chartreuse de Nantes dut sa fondation aux instances d’Arthur de Bretagne, comte de Richemont et seigneur de Parthenay que le roi Charles VII avait créé connétable en 1425. A la tête de l’armée française depuis 1435, le vaillant Richemont y avait ramené la victoire en un tour de main, continuant ainsi l’œuvre de Jeanne d’Arc près de laquelle il avait combattu à Patay.
Arthur de Richemont obtint de son neveu François Ier, duc de Bretagne, l’approbation de la charte de fondation le 13 octobre 1445.

 

Dans quelle partie de la ville allait-on établir la Chartreuse ? François Ier et son oncle Arthur pensèrent à la Chapelle-au-duc, comme on l’appelait. Celle-ci s’élevait sur les terrains occupés présentement par les Visitandines. Elle était dédiée aux saints martyrs Donatien et Rogatien, et devait son appellation de « Chapelle-au-duc » au duc Jean III qui l’avait fait construire vers 1325. Desservie d’abord par un chapelain, elle fut élevée au rang de Collégiale par Charles de Blois, vers l’an 1350 qui y « fonda six chanoines pour y faire l’office divin ». La Collégiale dura près d’un siècle puis, les chanoines durent s’établir dans l’église paroissiale de Saint Donatien.

 

Le 14 octobre 1446, la première pierre du monastère était solennellement posée par le duc François. Les nouveaux bâtiments ne seraient terminés que dix ans plus tard. Sans attendre cet achèvement, les Chartreux étaient arrivés dès l’année 1446. Ce fut la Chartreuse de Paris qui fournit l’essaim de la nouvelle ruche, le premier recteur fut Hervé du Pont. Installés provisoirement dans les locaux laissés par les chapelains, les chartreux dirigèrent les travaux du monastère financés en grande partie par Arthur de Richemont. Hervé du Pont mourut dès 1448. Le chapitre général des Chartreux de 1450 déclarait : « Nous incorporons à notre Ordre la nouvelle plantation, voisine de la cité de Nantes en Bretagne, et nous voulons qu’elle soit appelée dans tout notre Ordre : Maison des Bienheureux Martyrs Donatien et Rogatien ». En 1457, Arthur de Richemont, devenu duc de Bretagne, put introduire officiellement les Chartreux dans leurs nouvelles cellules. Il était temps que l’œuvre fut achevée, car Arthur, âgé de 67 ans, duc depuis quinze mois seulement, mourait le lendemain de Noël 1458. Il fut inhumé, selon son désir, dans l’église des Chartreux. Le 16 août de l’année suivante, l’église étant achevée fut consacrée par Denis de la Lohérie, évêque de Laodicée, par mandat spécial de Guillaume de Malestroit, évêque de Nantes. Catherine de Luxembourg, veuve d’Arthur de Richemont, se retira dans la Chartreuse même. Elle mourut en 1493 et fut enterrée avec son mari en l’habit des chartreux.

 

Fille de la maison de Paris, la Chartreuse de Nantes, à son tour, devint mère d’une autre maison, celle d’Auray. Le 22 juillet 1482, le prieur de Nantes, Pierre Le Lyénier, conduisit un groupe de ses religieux à Saint-Michel-du-Champ. Jean de Picardie fut le premier prieur de la Chartreuse appelée désormais Saint-Michel d’Auray. Dans les siècles suivants, des prieurs de Nantes furent tirés de la Chartreuse d’Auray, et de même, Auray reçut plus d’une fois comme prieurs des religieux de Nantes. Les deux Chartreuses demeurèrent proches parentes.

 

La Chartreuse de Nantes formait un quadrilatère dont les bâtiments étaient disposés en deux groupes distincts : le premier se trouvait au sud le long du chemin de Paris, sur lequel s’ouvrait le monastère par une haute porte. A l’entrée, on avait sur la gauche, des dépendances communes entouraient une petite cour qui correspond aujourd’hui à peu près à la cour d’entrée de la Visitation ; sur la droite, la chapelle Sainte-Anne, puis, plus à l’intérieur, l’église des Chartreux. Selon Dubuisson-Aubenay une partie, au moins, de l’ancienne Chapelle-au-duc avait été conservée et il précisait : « La tradition porte que c’est la place même où ils furent martyrisés ».

 

Une autre tradition, généralement admise par les historiens, situe le lieu du martyre, 100 m. plus haut, au lieu marqué par deux croix. Il demeure cependant que les deux jeunes martyrs durent emprunter ce chemin pour se rendre à l’endroit de leur exécution. L’église était un vaisseau régulièrement orienté et barré d’un transept débordant, au-dessus de la croisée du transept, s’élevait une tour légère octogonale, percée d’étroites fenêtres, et surmontée d’une flèche. Le pignon-façade de l’église percé d’une porte et d’une fenêtre en plein-cintre, était épaulé, à droite et à gauche, par deux tourelles rondes et coiffées d’une petite coupole.
Un étroit passage et un petit cloître rattachaient ce premier groupe de bâtiments au second. Celui-ci formait la cité inviolable des ermites. Le grand cloître mesurait environ 70 m. de long et 50 de large ; il entourait une vaste cour dans laquelle on avait ménagé dans un coin, un étroit cimetière. Autour du grand cloître se rangeaient les cellules de Chartreux : chacune était munie d’un jardinet et d’un puits mitoyen, et se composait d’une chambrette, d’un oratoire et d’un atelier. Chaque ermite vivait ainsi dans le silence et la solitude presque absolue.
Il faut ajouter encore à ces bâtiments les pièces communes : la cuisine, le réfectoire, la salle à manger des frères, celle des hôtes et des visiteurs, et surtout la bibliothèque.

Quand arriva la Révolution de 1789, la Chartreuse de Nantes était composée avec le prieur, de 12 religieux profès, d’un frère convers et d’un oblat : elle était demeurée prospère. Le décret du 13 février 1790 supprimait les vœux religieux, mais aucun des 15 membres de la communauté ne faiblit : 13 déclarèrent vouloir demeurer dans leur état de vie ; les 2 autres demandèrent du temps pour réfléchir. Le 1er avril 1791, les religieux furent invités à sortir sans retard. Dès le 21 juin suivant, les municipaux reviennent au monastère : cette fois, c’est la fin. L’église est fermée : les scellés sont posés sur sa porte, et les quelques religieux demeurés sont dispersés. Et le silence se fera dans cette maison dont les murs ont résonné de chants et de prières pendant près de quatre siècles : la Chartreuse de Nantes est morte. Dans le cours de l’année 1792, l’adjudicataire du couvent, le sieur Coiron, décidera de faire démolir l’église et ses dépendances. Au rétablissement de la liberté de culte, au début du XIXe s, les Chartreux ne reviendront pas repeupler leur « maison des Saints Martyrs Donatien et Rogatien, près de Nantes ».

Les religieuses de la Visitation se hâtèrent de reprendre la vie commune en 1810. Comme leur monastère, d’où elles avaient été expulsées en 1792, était devenu une caserne, elles firent l’acquisition de quelques bâtiments de l’ancienne Chartreuse. Détail touchant : en 1634, peu après leur arrivée, les Chartreux de Nantes leur avaient offert une Vierge à l’Enfant, qu’elles avaient constituée protectrice de la Communauté. Ainsi Notre-Dame des Neiges, comme elles l’appelaient, avait ramené ses filles de la Visitation sur les lieux mêmes de la Chartreuse.

Peu à peu la propriété s’agrandit vers le nord et l’est. Entre 1859 et 1864, le monastère actuel fut construit. Ce qui restait de la Chartreuse acheva de disparaître. Les rares vestiges que l’on peut voir encore, sont trois portes de cellules, une pierre portant la date de 1627, vraisemblablement les caves voûtées sous les immeubles donnant sur la rue Préfet Bonnefoy. La maison actuelle de l’aumônier de la Visitation est aussi partie de l’ancienne Chartreuse, un puits se remarque dans un coin du jardin, surmonté de sa ferronnerie. Un bon nombre d’autres puits se trouvent encore dans l’enclos des Visitandines : en particulier le puits qui se trouvait au centre du grand cloître de la Chartreuse. Tout cela est bien peu pour rappeler l’imposant monastère des Chartreux : les ruines elles-mêmes ont péri.

Mais sur cette terre sanctifiée par les premiers témoins de la Foi, Donatien et Rogatien, par les chrétiens du Moyen-Âge qui en conservèrent la mémoire, par les chanoines puis par les Chartreux, la prière et la vie consacrée demeurent vivantes.

Source : J.B. Russon 1934

CH-1
Rencontre de Jeanne d’Arc et d’Arthur de Richemont

CH-2
Chartreuse de Paris

CH-3
St Donatien et St Rogatien

CH-4
Artur III de Bretagne

CH-5
Entrée de l’église de la Chartreuse d’Auray

CH-6
La Chartreuse de Nantes

CH-7
Les 2 croix qui marquent l’emplacement présumé
du lieu du martyre des Enfants nantais

CH-8
Cellule d’un chartreuxCh-9
Prière nocturne

CH-10
« Notre Dame des Neiges » Offerte par les Chartreux

CH-11

Une porte de cellule

Puits de l’Aumônerie

CH-12
CH-13

Puits qui se trouvait au centre du cloître de la Chartreuse