La Chapelle de la Visitation

Un peu d’Histoire

Celle que vous voyez aujourd’hui n’est pas la 1ère chapelle de la Communauté. Arrivée à Nantes en 1630, les Visitandines s’étaient d’abord installées à la « Malvoisine » (aux environs du Jardin des Plantes). La communauté s’agrandissant, les Sœurs acquirent la « Mironnerie ». Elles bâtirent d’abord la Chapelle consacrée en 1645 puis le monastère. Aujourd’hui, le cloître de ce monastère est visible depuis la rue Gambetta. Les Visitandines ne sont plus là : elles furent expulsées par les révolutionnaires le 1er octobre 1792, et la Chapelle fut détruite, elle se trouvait à l’emplacement de la rue Dugast-Matifeux.
Dès 1803 un noyau de religieuses survivantes se regroupa autour de Mère Claude-Marie de Bruc près de la Collégiale Notre-Dame. Il fallut se résigner à ne pas retrouver le monastère, les Sœurs firent l’acquisition d’une partie de l’ancienne Chartreuse. C’est là que se rétablit la communauté de la Visitation c’était le 19 juillet 1810. Mais les bâtiments agrandis constamment avec de pauvres moyens menaceront ruine rapidement.
En 1858, la construction d’un monastère, selon le plan du coutumier de la Visitation, fut décidée par la communauté qui avait à sa tête alternativement deux religieuses remarquables : Mère Marie-Philomène Maujouan du Gasset et Mère Marie-Ambroise Lamy. C’est par la chapelle que s’inaugura le nouveau monastère. Monsieur Liberge, architecte nantais, fut chargé du projet de l’ensemble des constructions, Monsieur Ogée lui succèdera à partir de 1860. La pauvreté était grande et les difficultés nombreuses, la communauté priait continuellement le Sacré-Cœur, les Fondateurs saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, saint Joseph et sainte Philomène. Pour chacun, Mère Marie-Philomène fit vœu de dédier une chapelle latérale dans la future église sous le patronage de la Vierge Marie.
La 1ère pierre de cette Chapelle a été bénie par Mgr Jacquemet en 1859 et placée à l’angle du mur qui joint le sanctuaire, le chœur des moniales et la nef. La construction durera deux ans, le 5 août 1861, la chapelle fut bénie et dès lors ouverte au culte. La liturgie fait mémoire en ce 5 août de la dédicace de la Basilique sainte Marie-Majeure, ou Notre-Dame des Neiges. C’est sous ce vocable qu’est invoquée la Vierge que la Communauté a choisie comme protectrice depuis 1634. Ce n’était encore qu’une Bénédiction, en attendant la Consécration car Mgr Jacquemet désirait, par cette cérémonie solennelle, couronner toute l’œuvre de la construction de l’ensemble du monastère qui sera achevé en 1864. La chapelle fut consacrée le 15 juillet 1865, non par l’évêque de Nantes, malade, mais par Mgr Mermillod, évêque auxiliaire de Genève et successeur de saint François de Sales.
Avant de pénétrer dans cette Chapelle, contemplons le Christ en majesté tenant le Livre de la Parole et la main droite levée en signe de bénédiction. Autour de la mandorle (symbole de la gloire divine), sont représentés les Quatre Vivants (Ap 3, 6-8) qui symbolisent les Evangélistes.

Le Sanctuaire

Dès l’entrée, on est saisi par la grâce du style, l’élévation de la voûte gothique, la légèreté des arcs, qui donnent à cette chapelle un caractère à la fois artistique et priant.

Le Maître-Autel (construit en1861 et transformé en 1993) évoque la présentation de la Vierge au Temple. Marie enfant est portée dans les bras de sainte Anne, tandis que saint Joachim offre un agneau. Cette tradition exprime la consécration totale de la Vierge Marie à Dieu, elle est célébrée dans la liturgie le 21 novembre. En ce jour, durant la célébration eucharistique, toutes les Visitandines renouvellent leurs Vœux.
Voici ce qu’en disait saint François de Sales dans un sermon du 21 novembre 1617 aux premières Sœurs d’Annecy : « L’on a choisi fort à propos en la maison de céans le jour de la Présentation de Notre-Dame pour se renouveler, se présenter et offrir à la divine Majesté sous sa protection, accompagnant ainsi de notre propre offrande celle qu’elle fit d’elle-même à Dieu ». Le jour de sa Profession, chaque Sœur en signe le texte et celui-ci est déposé sur l’Autel, le don qu’elle fait d’elle-même à Dieu est ainsi associé par l’Eglise au Sacrifice eucharistique.
Tout au-dessus, dans la clef de voûte est représenté le Christ qui, de sa main, bénit l’offrande présentée sur l’Autel. « Dans la foi nous savons que Jésus, en bénissant, tient ses mains étendues sur nous. Voilà la raison permanente de la joie chrétienne ». (Benoît XVI)

Placé dans la grille du chœur des moniales, le tabernacle, réalisé par la maison Chevillard d’Angers en 1993, renferme et manifeste la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Le mur qui supporte la grille et le tabernacle est le signe de la clôture tout à la fois moyen de séparation du monde et de communion plus profonde et plus universelle avec l’humanité par amour du Christ. La clôture délimite l’espace du monastère dans lequel le Christ est le centre de tout, où toute activité converge vers lui, où les moniales sont appelées à accomplir sur la terre comme au ciel l’office des anges : la louange, l’adoration, l’intercession.

En face, sur un panneau de bois conservé de l’ancienne chaire, est représenté le Christ debout sur le globe terrestre tenant le livre sur lequel est inscrit : Ego sum via et vita. La contemplation de cette belle œuvre suscite le cri de tout disciple : « Seigneur, a qui pourrions-nous aller, tu as les paroles de la vie éternelle ».

De belles peintures murales, d’une inspiration profondément religieuse, d’un coloris aux nuances chaudes, harmonieusement fondues, décorent le chevet dans sa superficie totale. Cette fresque, ainsi que celles de deux chapelles latérales, furent réalisées en 1863-1864 par Jules Élie Delaunay, alors au début de sa carrière, celui-ci suivit ce chantier avec enthousiasme : la Visitation était sa première grande commande. Le peintre, revenu de Rome à la fin de l’année 1861, a puisé son inspiration chez Fra Angelico et Ghirlandajo.
Le chevet plat est traité à la manière d’une enluminure, les bordures faites de rinceaux sont de Viau, ami de Delaunay. Celui-ci a su exprimer cette iconographie toute mariale avec dignité, calme et simplicité.
Sur le panneau du bas, le dessin évoquant une muraille dont les ouvertures laissent apparaître la scène de la Visitation (avec la parole d’Élisabeth, reprise constamment par l’Eglise dans l’Ave Maria : « Tu es bénie entre les femmes et Jésus le fruit de ton sein est béni » Lc 2, 42). Chaque Visitandine, ainsi que le lui prescrit les Constitutions de l’Ordre, se met à la suite de la Vierge Marie dans la gratuité de sa réponse à Dieu, dans l’émerveillement de sa louange et dans son zèle pour le salut du monde. La scène de la Visitation est encadré à gauche par le prophète Isaïe (portant la banderole « Voici que la Vierge concevra » Is 7, 14), il annonce la Vierge Mère du Messie l’Emmanuel et l’évangéliste st Jean (avec « Voici ton fils » Jn 19, 26) que Jésus en croix a confié à Marie, faisant d’elle la Mère de l’Eglise.
Au-dessus : sur fond or, dans le rayonnement d’une colombe qui symbolise l’Esprit Saint, est représenté le couronnement de la Vierge Marie à genoux devant son Fils, de part et d’autre, des anges dans un mouvement gracieux portent des fleurs et un encensoir. De chaque côté, le peintre a placé les fondateurs de la Visitation : saint François de Sales par le geste de sa main manifeste son ravissement devant le mystère qu’il contemple, sainte Jeanne de Chantal présente un monastère en geste d’intercession et d’offrande. La parole : « Viens du Liban, tu seras couronnée » cite le livre biblique du Cantique des cantiques (4, 8) dans la traduction utilisée par saint François de Sales et s’applique à Marie qui est élevée de la terre jusqu’à la gloire du ciel par son Fils.
La réforme liturgique de Vatican II a choisi pour lecture d’Évangile en la fête de l’Assomption, l’épisode de la visite de Marie à Élisabeth. Un siècle plus tôt, la fresque d’Élie Delaunay associait déjà ces deux mystères dans une hymne de louange à la Vierge Marie que l’on contemple dans la scène de la Visitation où elle est honorée par Élisabeth : « Tu es bénie !… » et dans la gloire du ciel comblée de bénédictions en son Fils Jésus (Ep 1, 3).

La nef

A l’entrée du sanctuaire, les statues du Sacré-Cœur et la Vierge Marie (1861, œuvres de Barême, sculpteur d’Angers) semblent inviter les fidèles à l’amour et la confiance. Le Christ, par son geste dit « Voici » et la phrase s’achève par ces mots gravés sur le socle « Ce Cœur qui vous a tant aimés ». La Vierge Marie portant l’Enfant Jésus est désignée comme Notre-Dame auxiliatrice,
secours des chrétiens, un titre que st Jean Bosco a contribué à répandre dans la 2ème moitié du XIXe s.
 
Les autels, statues, vitraux et le chemin de croix ont été offerts par les familles des Sœurs. Le chemin de croix, peint sur cuivre, parcourt la nef avec des couleurs et une ornementation qui s’harmonisent avec la fresque.

 

Les deux chapelles latérales sont consacrées au Sacré-Cœur et aux Fondateurs de la Visitation. Les trois panneaux évoquent un triptyque dont les deux volets seraient ouverts.
 

Chapelle du Sacré-Cœur :
 
– Centre : apparition du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie (visitandine de Paray-le-Monial, 1647-1690)
– Volets : le Bon Pasteur – le Christ avec un enfant
– Au dessus : de belles enluminures reproduisent des paroles du Christ à sainte Marguerite-Marie
– Sur la porte du Tabernacle, utilisé pour le reposoir du Jeudi-Saint, figure le Cœur de Jésus dans une Hostie au-dessus du Calice. Le Christ a demandé à l’Eglise par l’intermédiaire de sainte Marguerite-Marie, l’institution de la Fête de son Sacré-Cœur pour réparer les oublis et froideur envers l’Eucharistie, son sacrement d’Amour.
– L’autel représente la sainte Mère l’Eglise qui, d’un côté, abrite son enfant et lui donne la nourriture : celle de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie et, de l’autre côté, célèbre son Seigneur en élevant vers lui le calice du sacrifice et de la prière.

 

Chapelle des Fondateurs :
 
– Centre : saint François de Sales remet la règle de la Visitation à sainte Jeanne de Chantal, cette règle est le chemin de vie qu’il a tracé pour toutes celles qui, à la suite de leur fondatrice, désirent « vaquer à la perfection du divin Amour »
– Volets : sainte Jeanne de Chantal arrache son fils du Purgatoire – saint François de Sales guérit un malade, ces deux images symbolisent la charité qui animait les fondateurs de la Visitation.
– Au dessus : les blasons des familles de Chantal et de Sales encadrent le blason de la Visitation. De ce dernier, saint François de Sales donne la description dans un billet à sainte Jeanne de Chantal en date du 10 juin 1611, un an après la fondation. Un cœur (celui de la Visitandine) blessé de deux flèches (l’amour de Dieu et du prochain ; ou bien l’amour de Jésus et de Marie) environné d’une couronne d’épines (la garde du cœur) et marqué du nom de Jésus et de Marie (IHS et MA).
– Au pied de l’Autel sont figurés les 4 évangélistes avec les symboles qui leur sont attribués (voir aussi le tympan)

 

Chapelle de ste Philomène :
 
Au pied de l’Autel le gisant de la vierge martyre, et au-dessus la sainte dans la gloire. Les parois de cette chapelle sont tapissés d’ex-voto car sainte Philomène a été très vénérée ici entre 1835 et 1859. Voici l’histoire de la naissance de cette dévotion :
Le culte de sainte Philomène s’est répandu après la découverte en 1802 d’une tombe intacte dans la catacombe de sainte Priscille, sous 3 dalles qui portaient une inscription avec 2 flèches et une ancre : LUMENA-PAXTE-CUM FI. Grâce à Pauline Jaricot et au Curé d’Ars la dévotion a rapidement gagné la France.
En 1835, une dame de Nantes obtint par l’intercession de sainte Philomène le gain d’un procès important. Elle offrit, comme elle s’y était engagée d’avance, un tableau à la supérieure de la Visitation, Mère Marie-Antoinette de la Ferronnays. L’image représentait sainte Philomène couchée sur des coussins et tenant la palme et les lys symboles de son martyre et de sa virginité.
Cette image, d’abord honorée à l’intérieur du monastère, fut placée sur un autel en bois en bas de la chapelle d’alors. A partir de cette époque la foi populaire se plut à venir invoquer sainte Philomène. Une lampe offerte comme gage de gratitude d’un bienfait obtenu brûlait perpétuellement devant l’autel et ce fut souvent à l’huile de cette lampe que des malades ont dû leur guérison. La chapelle, que l’on distingue par son clocher sur la tableau du monastère en 1810-1859, devint un lieu de pèlerinage où l’on accourait de loin pour rendre hommage à sainte Philomène et se mettre sous sa protection.
Dans la communauté le culte de sainte Philomène était très ardent, et son nom fut donné à une jeune novice lors de sa Prise d’Habit en 1843. Devenue supérieure, Mère Marie-Philomène Maujouan du Gasset choisit sa sainte patronne avec saint Joseph comme protecteurs pour la grande œuvre qu’elle entreprit : la construction de notre Monastère actuel. Les travaux commencèrent par la Chapelle, la première pierre fut bénie le jour de la fête de sainte Philomène le 11 août 1859.
Dans l’autel dédié à sainte Philomène, un reliquaire est enchâssé, il a été scellé du sceau de Mgr Jacquemet en 1861, c’est-à-dire dès l’achèvement de la Chapelle, la relique qu’il contient avait été accordée par Rome en 1844.

En 1857, la communauté avait obtenu l’autorisation de célébrer tous les ans la fête de sainte Philomène par un Triduum solennel les 11, 12 et 13 août. Ce Triduum fut célébré pendant un siècle jusqu’en 1959 où les Annales relatent le passage des reliques du saint Curé d’Ars. Ensuite le culte de sainte Philomène n’est plus mentionné. Puis la réforme liturgique post-conciliaire a retiré sa fête du calendrier en raison du manque de preuves historiques auxquelles ne peuvent suppléer l’ancienneté de culte dans le cas cette sainte. Cependant depuis quelques années, on constate à un renouveau de cette dévotion.

 

Chapelle de saint Joseph
 
– La statue de saint Joseph avec l’Enfant Jésus tendu vers lui dans un geste d’affectueuse confiance.
– Dans l’autel sont enchâssées deux reliques attribuées à saint Joseph (parcelles de grotte et de vêtement) munies du sceau de Mgr Jacquemet, évêque de Nantes en date du 24 juin 1866.
– Sur la base de l’Autel est représentée une scène de la vie à Nazareth. Cette vie cachée, de travail, de pauvreté et de silence dans la douce présence du Christ a inspiré les fondateurs dans leur intuition qui donna naissance à la Visitation.

 

Le vitrail de la rosace qui date de 1869 représente le Sacré-Cœur de Jésus blessé et surmonté d’une croix rouge-sang environné de rayons et d’une couronne d’épine. Le dessin évoque les « sauvegardes » diffusées par milliers par les Visitandines de Nantes pendant la Révolution.

Ce symbole rappelle à tous les fidèles, sortant de cette Chapelle, que le Cœur de Jésus désire demeurer dans leur cœur et les garder dans le Sien qui leur est toujours ouvert.

Chp-1
1er Monastère de Nantes
 
Chp-2
Tracé des lambris et stalles
 
Chp-3
Maison de 1810 à 1859
 
Chp-4
Dessin et texte sur la 1ère pierre de la chapelle
 
Chp-5
Tympan de la chapelle
 
Chp-6

Chp-7

Chp-8
Clef de voûte

Chp-9
Le Tabernacle et la grille du chœur des Sœurs

Chp-10
Panneau de l’ancienne chaire

Chp-11
La fresque

Chp-12

Chp-13

 

Chp-14-1Chp-14-2

Chp-15
Station du chemin de croix
 

Chp-16
Chapelle du Sacré-Cœur

 
 

Chp-17
Chapelle des Fondateurs

 
 

Chp-18
Autel de Ste Philomène

 

Chp-20
Reliquaire de l’autel

 

Chp-21
 
 

Chp-22
Autel de St Joseph
 
Chp-23
La rosace