Histoire de la Visitation de Nantes

 

Avant la Révolution

La fondation de la Visitation à Nantes est liée à l’influence de l’Introduction à la vie dévote dans le milieu féminin de la bourgeoisie ou petite noblesse de la ville. Louise Hardouin, du faubourg Saint-Clément, sollicita Mme des Rochers qui, au début de 1628, entra en relation avec la Visitation de Paris rue Saint-Antoine et la Mère de Chantal. Moulins est désigné pour la fondation. Mgr Philippe Cospeau, évêque de Nantes, exige la présence de Mère Marie-Constance de Bressand comme supérieure, une « rare fille » selon saint François de Sales lui-même.

Les autorisations de l’évêque, de la ville et du Roi Louis XIII obtenues, les huit fondatrices quittent Moulins le 3 juillet 1630 par le « coche d’eau » et arrivent à Nantes le 19. Elles bénéficient d’abord de l’hospitalité de la famille des Rochers, puis de la générosité des Ursulines qui leur laissent une propriété toute proche « la Malvoisine ». C’est là qu’a lieu l’établissement officiel le 15 septembre 1630.

Trois ans plus tard, elles s’installent à la Mironnerie près de l’église Saint-Clément. Peu avant le départ de Mère Marie-Constance de Bressand pour Grenoble, son monastère de profession, la nouvelle Chapelle est ouverte au culte en 1645. La construction du monastère commencée en 1654 par Mère Marie-Antoinette Bonfils de la Pommeraye s’achève en 1679 avec Mère Marie-Constance d’Andigné. En 1647 Nantes fonde la Visitation de La Flèche avec pour supérieure l’exquise Mère Marie-Angélique du Puy du Fou.

La vie communautaire s’écoulera paisible, avec cette si particulière « union des cœurs » qui la caractérise. Intense ferveur sous l’impulsion de Mère Marie-Constance de Bressand qui eut pour directeur l’Abbé Jean-Jacques Olier. Parmi tant d’exemples de vies données dans l’ombre et l’héroïsme, voici deux mystiques : Sœur Claude-Angélique Garnier qui connaît l’intimité de Jésus-Enfant et Sœur Marie-Michelle Boufard familière du monde des anges, des saints, de la Vierge et du Christ, ses visions liées aux fêtes liturgiques auront toujours un caractère très doctrinal. Dès la fondation du monastère, les sœurs ont reçu des petites pensionnaires dont la plus illustre est la fille de Mme de Sévigné, la future Mme de Grignan, un séjour qui n’a duré que quelques mois aux environs de l’année1658.

L’assaut du jansénisme, se heurtera à Nantes à de solides « Filles de l’Église » bien défendues par la fidélité des évêques, la vigilance des supérieures, le choix des prédicateurs et des confesseurs parmi les Jésuites ou les Sulpiciens et enfin la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus au cours du XVIIème siècle et surtout après les apparitions de Paray.

À l’approche de la Révolution, les sœurs s’emploient à confectionner et à propager dans toute la France des Cœurs brodés ou peints, les « Sauvegardes ». Ces scapulaires du Sacré-Cœur vont devenir un insigne contre-révolutionnaire et orneront la poitrine des vendéens et des chouans.
 
Le 6 mars 1790, Mère Claude Marie de Bruc consacre la Communauté au Sacré-Cœur de Jésus. Le 3 février 1791, les sœurs affirment et signent leur intention de continuer la vie religieuse, elles sont unanimes à réélire leur Supérieure en présence des commissaires. Le 9 juin 1791, elles sont sommées de prêter le serment constitutionnel, chacune répond : Non. Le 1er octobre 1792, les sœurs sont contraintes de quitter leur Monastère.

 

Pendant la révolution

Les sœurs se réfugient chez leurs parents ou dans des maisons amies. En 1793, sur les 39 religieuses expulsées, elles se retrouvent 26 dans l’ancienne communauté du Bon-Pasteur transformée en prison de femmes. Elles y seront enfermées pendant près de deux ans dans des conditions affreuses.

Après leur libération, les sœurs se dispersent, leur sécurité dépend du soin qu’elles mettront à s’effacer. Mère Claude-Marie de Bruc, réfugiée chez son frère, garde le contact avec ses filles, Sœur Françoise-Julie Corneteau sert d’agent de liaison. Le monastère après avoir été prison de femmes, puis hôpital militaire est devenu une caserne.

En 1803 dans l’hôtel de Bruc, proche de la Collégiale Notre Dame, la supérieure reconstitue le noyau de la communauté, et l’on rêve de reprendre possession du monastère. La communauté est âgée, les santés affaiblies, Sœur Anne-Marie Dennebuys comprend qu’à s’obstiner sur l’ancien monastère on risque de compromettre le rétablissement. Il faut chercher une maison ou au moins un terrain pour bâtir. Ce sera l’enclos de la Chartreuse, ce monastère est presque entièrement démoli et le domaine morcelé entre plusieurs propriétaires. On achète une parcelle grâce à la vente de l’hôtel de Bruc que le Marquis, frère de la Supérieure, a généreusement donné. La construction commence lentement, les moqueries ne manquent pas, mais la foi animent ces sœurs. Par l’intermédiaire des Ursulines, elles obtiennent l’autorisation de reconstituer la communauté sous la condition d’ouvrir des classes pour les jeunes filles.

 

Après la révolution

La Visitation est officiellement rétablie le 19 juillet 1810. En ce jour de résurrection, Mgr Duvoisin bénit la chapelle, établit la clôture et reçoit les vœux de toutes les religieuses. Pendant les 18 années de dispersion, 24 sœurs sont mortes, dont 2 massacrées par les révolutionnaires. La communauté se reconstitue avec les 15 survivantes auxquelles viennent s’ajouter une sœur de Saumur et une postulante. Dès les premiers mois de 1811, le noviciat compte 9 sœurs. La vaillante Mère Claude-Marie de Bruc peut s’éteindre en 1812 à l’âge de 84 ans après avoir reçu les vœux de la première novice. À la tête de la Communauté lui succèdera sa fidèle collaboratrice, Mère Anne-Marie Dennebuys.

Puis voici des supérieures de la nouvelle génération, les deux sœurs de la Ferronnays. Leur frère était ambassadeur de Louis XVIII auprès du tsar. Cela occasionne des visites princières : la duchesse d’Angoulême en 1823, la duchesse de Berry en 1828. La supérieure sera soupçonnée, non sans raison, de cacher des royalistes, une visite domiciliaire infructueuse a lieu en 1832. Mère Marie-Antoinette de la Ferronnays introduit en 1835 la dévotion à sainte Philomène qui se perpétuera jusqu’en 1959. L’arrivée des Mères du Sacré-Cœur à Nantes provoque la fermeture du pensionnat en 1840 et le retour à la vie plus contemplative. Le bâtiment du pensionnat devenu disponible va héberger à partir du 23 avril 1840 pendant une année les Carmélites obligées de bâtir un nouveau monastère près de Saint-Donatien car le tracé de la route de Paris comprenait le carmel dans son plan. Pour subvenir à ses besoins, après suppression du pensionnat, la communauté trouve un revenu dans la location de maisons situées autour de l’enclos. Mais le monastère, qui abrite difficilement un nombre grandissant de sœurs, menace ruine.

En 1855 est élue Mère Marie-Philomène Maujouan du Gasset qui gouvernera pendant 10 triennats. Avec Mère Marie-Ambroise Lamy, longtemps économe, elle entreprend la construction du monastère régulier en 1859, les travaux dureront 5 ans. La Chapelle décorée par Elie Delaunay sera bénie par Mgr Mermillod en 1865.

En 1878, neuf sœurs sont envoyées fonder Roubaix, puis en 1893, huit sœurs partent pour Legé. Mais cette jeune communauté se sépare de Nantes et doit s’exiler en Italie lorsque sont promulguées les Lois anti-religieuses.

En 1904 la Communauté est menacée, aussi tout le mobilier est expédié par train à Bemelen près de Maastricht, dans une maison trouvée grâce à l’aide des Pères des Missions Africaines. Face au liquidateur, les sœurs doivent prouver qu’elles ne sont plus enseignantes. Ce sera chose faite en 1909 par le gain définitif du procès en cour de cassation. En 1910 après le retour progressif du mobilier, les huit sœurs gardiennes de Bemelen peuvent revenir à Nantes.
Pendant la 1ère guerre mondiale comme en 1870, une ambulance est installée dans les parloirs pour soigner les soldats blessés. Les prêtres mobilisés célèbrent leur messe dans la Chapelle. Il y eut jusqu’à 40 messes par jour.

En septembre1943, la ville est bombardée et le monastère gravement endommagé. Les sœurs se réfugient à la Visitation d’Angers puis, après les bombardements de la ville, près de Baugé. La communauté revient à Nantes dès 1945. La restauration du monastère s’accompagne d’un renouveau de la communauté avec l’afflux des vocations.

Le 25 janvier 1971, la communauté d’Angers décide la fermeture du monastère, et fusionne avec la Visitation de Nantes qui accueille 12 sœurs.
La 2ème moitié du XX ème siècle, moins riche en événements extérieurs, est remarquable par la personnalité des supérieures qui ont veillé à garder vivantes les traditions visitandines tout en s’ouvrant avec sagesse au renouveau post-conciliaire. Aujourd’hui, la communauté conserve comme un don précieux cette « union des cœurs » qui a si bien resplendi aux heures décisives de son histoire.

Établie après les Chartreux sur une terre sanctifiée par une immémoriale tradition de prière liée au culte des saints Donatien et Rogatien (IVème s.), enracinée dans son histoire visitandine 4 fois centenaire, la voici qui s’avance dans le XXIème siècle, cette communauté de la Visitation de Nantes, petite sans doute, mais unie et confiante sous le regard de Dieu.

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Mère Marie-Constance de Bressand

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Eglise St Clément

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1er monastère de la Visitation de Nantes

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L’Abbé Jean-Jacques Olier

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Emblème
des
Sulpiciens
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Emblème
des
Jésuites

 
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Sauvegarde de l’époque

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Emplacement de la prison du Bon-Pasteur
Actuelle place du Bon-Pasteur

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La Collégiale Notre Dame

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Plan de la Chartreuse

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La maison provisoire de 1810 à 1859

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Tableau commémorant le séjour des Carmélites
à la Visitation

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M. Marie-Philomène et M. Marie-Ambroise

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Visitation de Roubaix

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Visitation de Legé

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Les Sœurs de Bemelen – mai 1910

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Les dégâts du bombardement

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Monastère actuel