Soeur Marguerite-Marie de Chantal Justeau

La marguerite

La marguerite est une fleur que l’on fait parler en l’effeuillant. Mais pour Jésus, cette Marguerite n’aura qu’un langage, chaque pétale dira : Je t’aime passionnément ».
Pourtant c’est sur un âpre terrain qu’elle s’enracina d’abord. « Aussi loin que peuvent se reporter mes souvenirs », écrira plus tard Yvonne, c’était son nom de baptême, « je ne vois que des larmes dans les yeux de ma mère ». Bien courtes avaient été les premières joies du foyer, dès 1886, Monsieur Justeau avait dû se rendre dans ses propriétés des colonies, laissant Yvonne âgée de 3 ans et son petit frère Lucien à la sollicitude maternelle. Yvonne comprit que la meilleure manière d’adoucir le chagrin de sa mère était d’être toujours obéissante et sage.
A l’école des Ursulines de Jésus à Ancenis, elle préférait l’étude à la récréation, mais par-dessus tout l’instruction religieuse lui plaisait. « J’y appris qu’au-dessus de ce que nous avons de plus cher ici-bas, il y a Jésus… ce Jésus que, dans quelques années, je devais recevoir dans mon cœur… qu’il ne fallait pas se contenter de le prier matin et soir, mais qu’il fallait tout faire pour Lui, surtout ce qui me coûtait ». Au don de Lui-même que Jésus lui fit, Yvonne répondit en se livrant tout entière.
A 15 ans revenue au foyer, Yvonne voyait s’ouvrir devant elle une carrière toute de dévouement et de renoncement. Dans la vie de sa mère, en effet, tout était donné au travail nécessité par les revers subis… la dévotion n’y avait aucune part. Les journées étaient partagées entre différents travaux manuels dans lesquels elle excellait : couture, peinture, broderie.. Mais en travaillant du matin au soir près de sa mère plutôt taciturne, Yvonne trouvait le moyen de prier sans cesse et de s’entretenir avec Jésus, son Amour…
En Septembre 1903, Yvonne fit le pèlerinage de Lourdes. Là, elle entendit clairement l’appel divin. Yvonne dut effectuer un remplacement comme maîtresse dans le pensionnat d’où les ursulines avaient été chassées, elle puisa toute son énergie dans l’amour de Jésus pour triompher de toutes les difficultés. Elle aspirait de plus en plus à la vie contemplative. Quand son Directeur spirituel lui parla de la Visitation, Yvonne sentit son cœur envahi par une paix, une joie qu’elle n’avait jamais éprouvée.
Elle franchit la porte de la Visitation de Nantes, le 6 janvier 1906. La Supérieure était sa propre tante, mais elle ne l’avait vu que deux fois en sa vie. La postulante de 23 ans pouvait dire : « J’ai acheté mon bonheur bien cher, pas trop cependant, car le Bien-Aimé m’a déjà donné infiniment plus que je ne lui ai offert. »
Le 22 juin suivant, fête du Sacré-Cœur, Yvonne recevait l’habit de la Visitation avec le nom de Marguerite-Marie de Chantal. « Ô mon Jésus, sur ta Croix tu as dit : « J’ai soif ! ». c’était une soif d’amour ; maintenant au tabernacle ne dis-tu pas : « J’ai faim ! J’ai faim des âmes » Par mes sacrifices je veux t’en gagner, pour te rassasier s’il était possible ».
Durant l’été 1906, en raison de ses douleurs intenses, on l’installa à l’infirmerie ou plutôt comme elle l’appelait : « la Villa du Divin Bon Plaisir » Les médecins diagnostiquèrent un commencement de coxalgie et ordonnèrent l’immobilisation complète dans une gouttière. Elle se réjouit à la pensée d’y vivre pour recevoir les eaux du Ciel, les pluies de grâces, et en faire part ensuite à la Communauté. Elle fut installée en septembre 1906 dans la gouttière qui reçut ce jour-là le nom d’Alléluia. Le 17 octobre suivant, jour de sa fête, elle écrivait : « Jésus depuis longtemps déjà, je t’ai proclamé mon Roi. Ton royaume c’est tout moi-même ; ton trône, mon cœur ; tes sujets, mes puissances et mes sens ; ta loi, l’amour ; ton sceptre, la croix ; ta couronne, mes sacrifices qui ne brillent qu’à tes yeux ». A Noël 1906, elle disait à l’Enfant Jésus : « Depuis que je repose dans le berceau que tu m’as donné, voilà comment se passent toutes mes journées : le matin en m’éveillant, mon premier mot est un mot d’amour, mon premier mouvement un baiser d’amour sur ton image ; puis je me prépare à recevoir le pain d’Amour, et, pendant que tu reposes dans mon cœur, tous les deux nous nous entretenons d’amour. Après, si je travaille, chaque point est un acte d’amour, si je souffre, c’est pour ton amour, quand vient le soir je m’endors dans ton Cœur, berceau d’amour ». Elle accueillait avec le même sourire tous les traitements. Tant de douleurs décidèrent les médecins à la retirer de la gouttière, jugeant inutile de la martyriser plus longtemps. On la déposa dans un petit lit, qui fut bien encore un lit de douleurs, mais comme celui de l’Epouse du Cantique des cantiques, c’était aussi une couche fleurie, car le Soleil du divin Bon Plaisir y faisait éclore des roses du pur amour. Elle enseignait à ses Sœurs l’art de tout offrir : « Il faudrait, si cela était possible, que Jésus ne se doutât pas que ce qu’il nous demande nous coûte ». Elle se tenait sans cesse comme une hostie vivante entre les mains du Divin Prêtre pour sauver les âmes :

« Que ne ferais-je pas pour que, même d’une âme,
vous soyez, ô mon Dieu, rien qu’un peu plus aimé ?…
Ah ! que je voudrais donc briser toutes les chaînes
Qui retiennent les cœurs attachés loin de vous !
Que me sont les travaux, que m’importent les peines
Si je puis réussir à vous les gagner tous ».

Toutes les Sœurs tant infirmières que malades en témoignaient : « Jamais malade n’a occupé une telle place dans les cœurs, elle nous paraissait vraiment extraordinaire, nous ne la voyions jamais commettre d’imperfection. Elle était toujours souriante, d’une égalité d’humeur admirable. La nuit, le jour, qu’on l’oubliât, qu’on la fit attendre pour les choses les plus indispensables, qu’on la laissât souffrir sans la soulager, qu’on la réveillât même pour manger, ce qui était pour elle un supplice, nous la trouvions toujours semblable à elle-même ».

N’ayant pu suivre la formation au Noviciat en raison de la maladie, Sœur Marguerite-Marie de Chantal ne pouvait faire profession monastique, mais la Communauté l’admit à l’Agrégation. Mgr Rouard vint dans sa chambre pour recevoir ses vœux et lui imposer le voile noir et la croix, il lui dit : « Notre-Seigneur vous a jusqu’ici donné sa Croix, aujourd’hui il va vous donner son Cœur. Quand on sait que la main qui vous présente la Croix est dirigée par un Cœur divin et tout paternel, on ne peut que la recevoir avec joie et s’abandonner amoureusement à la main qui nous l’offre ».

Elle disait : « L’épouse est à l’Epoux, elle doit le suivre partout où il va que ce soit au Thabor ou au Calvaire, je te suivrai, Jésus, et partout ma joie sera grande, car partout tu seras avec moi, et partout je pourrai faire ta Volonté ». En tant qu’Agrégée, elle n’était pas tenue à la clôture aussi la Supérieure accepta de la confier au pèlerinage qui partait à Lourdes. Un pareil trajet ne put s’effectuer sans de vives douleurs, à chaque arrêt du train, Sœur Marguerite-Marie de Chantal donnait à Jésus les souffrances endurées d’une station à l’autre pour les pécheurs. En amenant à Massabielle la petite malade, rendez-vous de tant de douleurs, Jésus voulait donner à son apostolat un champ plus vaste que celui de l’infirmerie du monastère. Elle édifiait tant ceux qui l’approchaient, que beaucoup de personnes venaient se recommander à ses prières, pleins de vénération pour la « petite hostie de Jésus » les séminaristes se disputaient la faveur de porter son brancard.
En septembre, une nouvelle phase de la maladie commença. En proie à des douleurs violentes, elle ne savait que s’en réjouir. Après une nuit particulièrement atroce, la Sœur qui la veillait témoignait qu’elle n’avait pensé qu’aux âmes ; aux défunts, aux pécheurs, à la France, au Saint-Père… Sœur Marguerite-Marie de Chantal put prononcer ses Vœux solennels le 9 décembre entourée de toutes ses Sœurs vivement émues. Couvrant son Crucifix de baisers, elle disait à la Supérieure : « Quand on est rendue au point où j’en suis, on comprend combien il est peu aimé ! Oh ! si on savait ce que c’est que le péché, si on connaissait le prix des âmes, jamais on n’hésiterait une seule minute à tout sacrifier pour les lui gagner toutes… Je crois bien que j’ai eu la folie des âmes !… C’était tout le but de ma vie ». Dans le plus cruelles tortures, elle murmurait encore : Tout pour les âmes ! Elle s’endormit dans le Seigneur le soir du 12 décembre, mais la petite fleur nous parle encore :

Petite Marguerite
Dans ton jardin, Jésus,
Je veux rester petite,
Ne grandir qu’en vertus.
Et si ta main désire
Bien longtemps m’effeuiller,
Toujours je veux sourire
Et d’autant plus t’aimer.
Mais si ton Cœur préfère
Bien vite me cueillir,
Oh ! pour te satisfaire
D’amour fais-moi mourir.

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Sr Marguerite-Marie de Chantal sur son brancard au Noviciat

Sr Marguerite-Marie de Chantal sur son brancard au Noviciat

 

 

 
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Sr Marguerite-Marie de Chantal

Sr Marguerite-Marie de Chantal

 

 
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