Sœur Marie-Antonie Poyas :

L ’églantine

Aux pieds de Notre-Dame de Lourdes pousse un églantier, c’est là aussi que fleurit la vocation de Juliette Poyas, à l’aube du XXe s.
Juliette était née à Chiché dans une famille de paysans des Deux-Sèvres, le 29 août 1883. Devenue veuve, la maman prit des travaux de couture pour faire vivre ses quatre enfants. Remarquée pour sa vive intelligence, Juliette devient cuisinière dans une famille nantaise les Catta qui séjournaient en ce village pendant les vacances.
 
L’appel de Jésus avait déjà touché son cœur lors d’un pèlerinage à Lourdes. Puis lors de la célébration à la cathédrale du 50ème anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, Juliette se sent comme envahie par Dieu : « Jamais je ne pourrai exprimer ce qui alors se passa dans mon âme, mais ma décision était prise, irrévocable, je serai religieuse ». Elle conduisait parfois à la Visitation de Nantes les enfants Catta venant voir leur aînée devenue Sœur Marguerite-Marie. C’est à l’occasion de l’une de ces visites qu’elle rencontra la Supérieure qui lui confirma l’appel du Seigneur. Elle entre au monastère le 11 novembre 1905.
 
La Supérieure voyant les remarquables qualités de Sœur Juliette, sa vive intelligence, son recueillement, son dévouement, lui proposa de devenir Sœur externe. Religieuses de la Visitation mais non moniales, ces Sœurs assuraient le service extérieur de la Communauté (accueil, chapelle, courses, voyages), elles portaient, à l’époque, la croix de l’ordre sur le costume traditionnel de notre région. Sœur Juliette fera son oblation le 28 décembre 1907.
 
Le service direct du Seigneur résidant au tabernacle est particulièrement doux à son cœur aimant. Sœur Marie-Antonie veut qu’à la chapelle tout soit dans un ordre parfait, elle n’y souffre pas un grain de poussière. Elle, si vive, sait modérer sa promptitude et pénètre dans le sanctuaire avec un très grand respect ; ses profondes génuflexions sont un beau témoignage de Foi aux yeux des fidèles. Elle suit au plus près les intentions de ses supérieures, s’acquitte avec intelligence des commissions et des messages les plus délicats. La Supérieure se fait accompagner de Sœur Marie-Antonie durant ses déplacements à Bemelen en Hollande où la communauté s’était préparé un refuge alors que la menaçaient les lois anti-religieuses. On voit aussi notre infatigable Sœur rendre service à la Visitation de Paris, représenter la communauté près des autres monastères, ainsi que dans les pélerinages à divers sanctuaires. Apprenant un jour qu’un des ouvriers du monastère venait d’être hospitalisé et sachant qu’il ne pratiquait pas. Elle alla le visiter et lui porta une médaille miraculeuse.

 

Elle sut si bien le préparer à ce dernier passage qu’il reçut les derniers sacrement et mourut en baisant sa médaille. Pendant la guerre de 1914, le grand parloir est réquisitionné pour soigner les blessés. Sœur Marie-Antonie déploie tout son dévouement et son expérience à la cuisine. La guerre finie, elle reprend sa place à l’Accueil.
 
Le 2 février 1933, elle a l’immense joie de prononcer les trois vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté, selon les prescriptions de Rome pour toutes les Sœurs externes de la Visitation. Sa dévotion à la sainte Messe s’accroît au point de devenir le tout de sa vie. Elle s’y prépare avec soin chaque soir, méditant les textes liturgiques qu’elle goûte tant. Elle chante souvent ce refrain : « Je veux désormais que ma vie ne soit qu’une Messe sans fin. Dis-la, Toi-même, je t’en prie, Prêtre divin ».
 
Le jour même de la fête du Sacré-Cœur en 1941, Sœur Marie-Antonie ressent les premières atteintes du cancer qui devait mettre un terme à sa vie si active. Deux années se passent dans des alternatives de mieux et de recrudescence du mal. Puis vient la terrible journée du 23 septembre 1943 : une pluie de bombes tombe sur la ville, trois atteignent le monastère. Deux jours après, le cœur brisé, elle part avec ses Sœurs fraternellement accueillies à la Visitation d’Angers. Au cours du mois d’octobre c’est avec reconnaissance qu’elle répond à l’invitation de la Supérieure de retourner avec 3 autres Sœurs pour garder le Monastère. C’est un temps de privation pour le petit groupe des Sœurs gardiennes, un temps de souffrance croissante pour Sœur Marie-Antonie qui redit dans son cœur à Jésus-Hostie ce refrain si souvent chanté : « Entraîne-moi Sainte Victime, sur tes pas, d’autel en autel. Qu’un sacrifice tout intime soit mon état perpétuel ! Rompue, anéantie sous ton doigt tout puissant, que ta petite Hostie se plonge dans ton sang ». Le mal s’aggravant, Mère Claude-Marie de Barmon vient d’Angers pour l’assister.
 
Sœur Marie-Antonie avouait : « Je n’aurais pas si bien compris le Cœur de Jésus, si je n’avais pas souffert ». Elle a des vues très profondes sur cet abîme insondable : « Il faudrait qu’on le sache, on trouve tout dans ce Cœur divin, il faut aller puiser en Lui ce dont nous avons besoin. Quel trésor pour nous, Visitandines ! Quand je n’en puis plus, je m’accroche à Lui et je me sens fortifiée. Il me fait trop de grâces pour que je refuse de souffrir pour Lui. Il a besoin de mes souffrances pour se révéler aux âmes ». Et se tournant vers ses Sœurs : « Ouvrez vos cœurs bien grands, le Sacré-Cœur veut y déverser ses grâces, Il a besoin de vous. »

 

Le soir du 19 mars, fête de saint Joseph, une Sœur faisait près d’elle ces invocations : « Profondes adorations du Cœur de Jésus… Ardent amour du Cœur de Jésus…etc… »Sœur Marie-Antonie répondait avec une ardeur croissante : « Je m’unis à vous ». À ce moment, la voix de l’Époux divin, faisant écho à la sienne, leur union fut consommée pour l’éternité.

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